AVOIR UNE CRISE EXISTENTIELLE À 25 ANS

Si je vous disais que je suis en pleine crise existentielle du haut de mes presque 26 ans, me croiriez-vous? Même à moi ça me parait absurde de me sentir aussi perdue aujourd’hui alors que depuis les 10 dernières années j’avance à un rythme effréné dans la vie. C’est comme si tout à coup, plus rien ne fait de sens et je ne sais plus quoi faire.

Du ciel vers le sol : une lente chute
Il y a deux ans, j’étais au-dessus de mes affaires. Entrepreneure, philanthrope engagée, amoureuse, propriétaire, visionnaire. Il n’y avait pas de limites à mes ambitions et j’accumulais les succès. Avec déjà un baccalauréat en poche, de nombreux items de barrés sur ma « bucket list », presqu’une trentaine de pays visités et une tonne de projets en tête, rien ne pouvait m’arrêter. J’étais invincible, une superfemme aux pouvoirs infinis!

L’année dernière à pareil date, ma réalité avait déjà beaucoup changé. Célibataire, volontaire, temporairement hébergée dans une auberge, le tout dans un autre pays. Je continuais à avoir un horaire surchargé, mais c’était très différent. Je m’occupais pour oublier, pour ne pas me sentir perdue. Je jouais mon rôle de « femme forte » en négligeant mes propres besoins et en me réfugiant dans le travail et le social, où je n’avais pas le temps de faire face à mes vrais problèmes. Heureusement ce n’était rien de nocif à ma santé, pas comme l’alcool ou la drogue. Du moins, c’est de ça que j’ai essayé de me convaincre.

Plus les mois passaient et pire c’était. J’ai commencé à tomber régulièrement malade, à arrêter de bien manger, à laisser tomber l’activité physique. Tout mon temps était dédié au travail et aux activités sociales, tellement que l’idée de me retrouver seule était devenue tout simplement insupportable. Loin de ma famille et piégée dans une prison que je m’étais moi-même fabriquée, j’avais l’impression que l’univers était contre moi et je n’arrivais pas à reprendre le dessus sur ma santé. Quand j’ai compris que la source de mes problèmes était mentale et non physique, il était déjà trop tard.

Du jour au lendemain, mon monde a basculé. Une accumulation d’éléments stressants et de sentiments refoulés ajoutée à la perte d’habitudes saines ont fini par me rattraper. Une nuit où je me suis retrouvée seule et confrontée à ma réalité, j’ai finalement craqué. C’est à 3 heures du matin, assise sur le plancher froid de ma salle de bain et les yeux pleins d’eau que j’ai compris que j’avais atteint ma limite et qu’il était temps de rentrer.

Remonter la pente, un pas à la fois
Le retour à la maison n’a pas été aussi glorieux que je me l’étais imaginé. Pendant plusieurs jours, je n’osais même pas sortir à l’extérieur et l’idée de voir des gens me rendais anxieuse. J’étais épuisée, comme si toute la fatigue des derniers mois m’était rentré dedans d’un coup sec. Je passais mes journées entières à dormir et à errer d’une pièce à l’autre, perdue et démotivée. Après quelques semaines, j’ai décidé que je devais faire quelque chose pour m’en sortir.

J’ai donc entrepris un travail sur moi-même, et ça a été tout un processus. Déjà de prendre le temps d’identifier la source de mon mal-être était complexe, alors trouver des solutions l’a été encore plus. Cependant, avoir les bons outils et le support de mon entourage a définitivement aidé à prendre le taureau par les cornes et à me remettre sur le bon chemin. J’ai réintroduit le sport, ajusté ma routine et commencé à adopter de meilleures habitudes de vie. Petit à petit, je me sentais mieux, jusqu’au point où j’ai convaincu les autres et moi-même que j’étais « guérie ». Évidemment, ce n’était pas aussi simple.

Depuis que je vais mieux, quelques semaines se sont écoulées, et je dois dire que le temps est long. En fait, il me paraît interminable. Je passe des journées entières à essayer de me motiver, mais la réalité c’est que je suis encore bien perdue. Bon, maintenant au moins je me lève à une heure raisonnable, je vois mes amis et je reste active. Il y a donc une bonne amélioration, sauf que ce n’est pas suffisant, du moins pas pour moi.

Retrouver son équilibre
Je réalise aujourd’hui que la vie après une période d’angoisse est un processus de réhabilitation qui prend du temps. Ça fait déjà trois mois que je suis de retour au Québec et j’en suis encore à réapprendre à fonctionner, alors l’idée de pouvoir reprendre mon ancien rythme de vie demeure pour le moment un objectif à plus long terme. C’est pour moi un défi à tous les jours de me motiver à me réveiller en sachant que je n’ai rien de concret de prévu dans ma journée. Je n’ai pas travaillé depuis mon retour et je ne me sens pas encore prête à le faire pour l’instant.

Avec du recul, je réalise que la vie que je menais était trop intense, trop exigeante et trop stressante. C’est bien d’avoir de l’ambition, mais si ça fini par ruiner ta santé et ça n’en vaut pas la peine. On vit dans une société de performance où les résultats sont importants. Je crois qu’on oublie souvent que le succès ne se mesure pas seulement par la quantité d’échelons franchis ou d’argent gagné, mais aussi et surtout par la croissance personnelle qui accompagne chacune de nos expériences. Si on arrêtait de juger les gens par ce qu’ils font et qu’on se concentrait sur les défis qu’ils ont su surmonter, on porterait probablement un regard bien différent sur les autres.

De mon côté, j’ai appris que je ne veux pas me retrouver de nouveau dans cette situation. S’il y a quelque chose que je veux faire différemment à l’avenir, c’est d’apprécier plus le chemin et de ne plus idéaliser la destination avant d’y arriver. Maintenant mon plus gros obstacle est de trouver ma voie, une dans laquelle je peux être heureuse et stimulée en même temps. Pour éviter de me morfondre, j’ai pris la décision de repartir, cette fois-ci pour une durée indéterminée. Dans quelques jours, je m’envolerai pour l’Équateur, où m’attend un contrat de travail à temps partiel pour entamer mon retour progressif. Pour l’instant, ma priorité est de prendre soin de moi et de retrouver mon équilibre. Ensuite, je pourrai réfléchir sur ma vie et trouver un nouveau sens à mon existence. Une chose à la fois.

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  • PapaLou

    9 février 2019 at 13:24 Répondre

    « prendre le taureau par les cornes ». Double sens qui fixe bien la base de ton retour. GoGoGo!

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